De nos jours, le nom de Tizi Ouasli est très peu connu, néanmoins il est gravé dans l'histoire, car les habitants de Tizi Ouasli et de sa région ont joué un rôle déterminant dans l'indépendance du Maroc. les extraits ci-dessous du livre "Guerres et paix au Maroc" et les quelques photos archives du Brigadier Chef Georges Souillard, en témoignent. cliquer sur les photos ci dessous pour les agrandir.

    << Ce soir là, à Tizi Ouzli, comme chaque soir, je retranscrivais au propre mon carnet de guerre gribouillé pendant le journée sur des morceaux de papier de tout genre, mal assis sous un arbre ou sur un rocher, au milieu des colonnes de Djis qui allaient au combat avec le visage presque caché par un passe-montagne en laine colorée.

    A Tizi Ouzli, je passais les nuits glaciales sur des sacs dans un vieux fondouk à l'abandon, avec trois couvertures de l'armée de l'air espagnole. Cela me rappelait les nuits dans les Alpes, dix ans auparavant, quand je profitais d'une accalmie pour travailler mon latin et mon grec afin de ne pas perdre l'année scolaire. Les affrontements étaient bien différents et l'ennemi aussi. Dans ma couche de Tizi Ouzli, j'avais droit à des bougies, mais j'écrivais et je lisais en m'éclairant avec ma lampe de poche, prêt à l'éteindre si j'entendais le bruits des avions français….>>

    << Leur indomptable esprit guerrier et leur goût de l'indépendance devaient les amener à reprendre les armes en octobre 1955. Les tribus des Guzenaya, dans le Rif méridional, organisèrent une petite "armée de libération nationale", qui équipée d'armes modernes et ravitaillée par des bases ménagées dans le Rif central, déclencha une attaque générale contre les postes français du couloir de Taza et réussit par surprise à arriver presque aux portes de cette ville de la plaine. Après la journée sanglante d'Oued Zem et le soulèvement des tribus de l'Atlas, les combats de l'armée de libération du Rif, dont les forces étaient concentrées dans le triangle Aknoul - Tizi Ouzli - Boured, ne connurent plus de répit et se poursuivirent, durs et acharnés, jusqu'au retour du roi Mohamed V et la proclamation de l'indépendance du Maroc….>>

    << Pourtant cette région embrasée par le soulèvement n'avait rien de tragique. C'est la Suisse du Rif, entaillée de vallées verdoyantes où gargouillent toute l'année les eaux limpides des fleuves et des torrents de montagne, où alternent prairies qui fleurissent au printemps, et hautes futaies de chênes vertes et de pins d'Alep et où les douars berbères accrochés aux coteaux font tâche dans un paysage paisible et alpestre….>>

    << Mais dans cet hiver polaire 1955-56, il y avait du sang, des cadavres, beaucoup de cadavres, des destructions et des fuyards misérables, faméliques et blessés. La neige coupait les cols et le brouillard, certains matins, était plus épais que la fumée. Pourtant les armes, les dispensaires de campagne, les médecins et même les instituteurs arrivent du Nord… à dos de mulet. Pour moi cette logistique tenait du miracle.>>

    Guerres et paix au Maroc (Reportages : 1950 - 1990)
    auteur Attilio Gaudio.
    Editions Karthala, 1991
    Page 66